29.03.2014

La digue

Il se protégeait de vivre. (citation fictive)

Impression de rouler à contresens sur l'autoroute. Objectivement, je vais mieux : je suis en pleine forme physique, je vois des gens, j'ai bon espoir de reprendre prochainement ma place au sein de la société productive. Et pourtant je n'attends rien tant que d'être englouti par l'abîme. Je ne me reconnais pas dans cette normalité obligée – qui n'est que folie contenue. Je me suis construit depuis l'enfance ce que je croyais être un barrage contre mon émotivité : en fait de barrage, il n'y a là qu'une frêle jetée, à la merci de quelque lame de fond. Le pire, c'est que je ne peux rien faire pour y remédier : il est tout aussi dérisoire d'en appeler à Dieu pour n'être pas submergé ou transfigurer le fracas que de passer des années sur le divan pour tuer la chose des profondeurs à coups de mots.

Boire la tasse et saluer le noyé.

30.12.2013

Ondes

1. Un rêve étrange. C. encore une fois en scène : je passais une sorte de pacte avec un démon et par l'effet de sa magie je tombais sur la belle sous les apparences du hasard. Impression tenace au réveil : je vais être amené à revoir C., pour une raison que j'ignore. A suivre.

2. Combien de fois ai-je pressenti un événement, repoussant ce qui me venait alors au prétexte de son irrationalité... pour constater peu après que j'avais vu juste. Apprendre à écouter mon être profond, par-delà mes peurs et mes velléités.

3. Plus je vais, plus je sens que j'ai un chemin à suivre, un dessein à accomplir. En visite chez mes parents, l'autre soir, j'ai récupéré un vieux bouquin qui a accompagné mon adolescence. Même sensation qu'à l'époque, grossie de mon vécu. Appel à la liberté intérieure.

4. Lassitude des débats d'idées. A quoi bon convaincre l'autre ? Je ne suis pas dans ses chaussures, il n'est pas dans les miennes. Vivre et laisser vivre.

19.11.2013

A petits pas (2)

Il me vient alors une terreur sarcastique de la vie, un désarroi qui dépasse les limites de mon individualité consciente. Je sais que je n’ai été qu’erreur et égarement, que je n’ai point vécu, que je n’ai existé que dans la mesure où j’ai empli le temps avec de la conscience, de la pensée. Et l’impression que j’ai de moi-même, c’est celle d’un homme se réveillant d’un sommeil peuplé de rêves réels, ou d’un homme libéré par un tremblement de terre, de la pénombre du cachot à laquelle il s’était accoutumé. (Fernando Pessoa, in Le livre de l'intranquillité)

Combien de fois peut-on se perdre en chemin ? A nouveau, le réveil, après des semaines, que dis-je, des mois, de sommeil. Je pourrais écrire un livre sur les mille et une manières de se fuir soi-même. C'est peut-être ça, la tentation. Non pas tant un vice qu'une errance, un mauvais pas de côté, plongeant l'être dans l'obscurité, l'aveuglement. Je comprends aussi la mise en garde contre l'intelligence : non point interdit du savoir, mais avertissement quant à un mésusage de la pensée, qui assèche le cœur et éloigne de soi-même, des autres, de Dieu. Je trouve le monde laid, sale, insuffisant. C'est aussi comme ça que je me décrirais. Pécheur, au fond. La grande erreur, je crois, c'est de se comparer à autrui. Je ne suis pas dans ses chaussures, j'ignore ce qu'il vit, dans l'intime de lui-même. Et puis, la vie n'est pas une course, il n'y a pas de médaille à la fin. Juste plus de lumière, de l'autre côté, qui sait, mais surtout ici-bas, après un bref passage – c'est en tout cas le pari.