26.08.2014

Le vertige

L'expression a été tellement galvaudée par les publicitaires et les gourous du développement personnel que j'hésite à l'employer. Et pourtant, il s'agit bien de cela : être soi-même. C'est-à-dire "oser" voir ce que je vois, entendre ce que j'entends, ressentir ce que je ressens, penser ce que je pense. Coller au plus près de ma réalité personnelle, sans trucage. Je viens de traverser une nouvelle "crise" spirituelle particulièrement intense. Il en ressort ce que j'ai déjà exprimé par ici et sur lequel je ne saurais trop insister : aucune philosophie, aucun système, aucune religion, aucune "sagesse" ne me dispensera de faire mes propres choix. 

Jouer ma gamme au-dessus du vide.

04.08.2014

A petits pas (3)

Un jour de printemps précoce, j’étais seul dans la forêt et j’écoutais ses bruits. Je pensais à mes agitations des trois dernières années, à ma recherche de Dieu, à mes sautes perpétuelles de la joie au désespoir… Et brusquement je vis que je ne vivais que lorsque je croyais en Dieu. A sa seule pensée, les ondes joyeuses de la vie se soulevaient en moi. Tout s’animait autour, tout recevait un sens. Mais dès que je n’y croyais plus, soudain la vie cessait. (Léon Tolstoï, in Ma confession)

C'est fou combien on peut vivre éloigné de soi-même pendant des jours, des semaines, des mois, parfois des années. Mais l'âme guette l'instant propice et ressurgit. Encore et toujours cette foi, terrible, dévastatrice, qui me saisit. Je comprends différemment cette expression qui me faisait bondir : "la crainte de Dieu". Il ne s'agit pas de la peur d'un impitoyable démiurge prêt à punir au moindre manquement à ses lois. Non, il s'agit bien plutôt de la révérence éprouvée face à un amour contre lequel on ne peut rien tant il est puissant. Et pourtant, chacun peut le refuser, s'en couper. C'est peut-être aussi ça, le péché. Dire non à l'amour qui chamboule toutes les certitudes, submerge l'être et le renouvelle – en le rendant à lui-même. Ce que confie Tolstoï, j'en ai fait moi-même l'expérience : sitôt que j'accepte Dieu, que j'accueille Sa lumière, je me sens chez moi ; dès que je me ferme à Sa présence, l'obscurité revient et me voilà perdu à nouveau.

Sans défense, je vais vers Toi.

16.07.2014

Epuiser l'attente

Combien de temps encore vas-tu attendre pour t'estimer digne des plus grands biens, et cesser enfin d'enfreindre la règle qui doit déterminer ta vie ? Tu connais les principes qui doivent fonder ta réflexion ; c'est assez réfléchi ! Quel maître attends-tu, à présent, pour te décharger, sur lui, du soin de ton progrès moral ? Tu n'as plus quinze ans, tu es un homme mûr. Si désormais tu te montres négligent, si tu prends les choses à la légère, si tu continues à échafauder projet sur projet en reculant sans cesse le jour où tu devras enfin prendre soin de ta vie, tu ne feras aucun progrès, et, sans t'en rendre compte, tu finiras par vivre et mourir comme un homme ordinaire. (Epictète, in Manuel)

J'ai l'impression de passer ma vie à attendre. Quoi ? Je ne sais pas vraiment. Un déclic, une révélation, sur le pourquoi de tout ça. Nietzsche expliquait qu'avec un "pourquoi", on peut vivre avec n'importe quel "comment". L'inverse vaut également : sans "pourquoi", on ne peut pas vivre du tout. Les prétendus nihilistes ne sont pas sérieux. Ils dissertent un instant sur la vanité de toutes choses, puis vont faire l'amour ou du surf. Le véritable nihilisme est une maladie. Comme une chute sans fin, sans rien à quoi se raccrocher. Il faut s'être colleté avec l'absurde pour comprendre. Cette angoisse sourde qui vous saisit et vous empêche de dormir, vous réveille en pleine nuit, vous reprend dès potron-minet, vous poursuit toute la journée et vous retrouve, exténué, au crépuscule. Alors vous attendez, tel un gamin boudeur devant un magicien muet : où est le truc, bon sang ?! Mais l'existence n'a rien à voir avec un tour de magie ; le truc, c'est qu'il n'y a pas de truc et rien à attendre d'autre que le fruit de ses propres efforts lorsqu'ils sont en accord avec la réalité. A propos de réalité, je m'aperçois qu'un des éléments de cette angoisse proprement métaphysique qui ne me quitte pas, c'est ce sentiment de vacuité ; comme si, au fond, la réalité n'était pas vraiment réelle, ne possédait qu'une consistance vaporeuse et menaçait à tout instant de basculer dans le néant en m'engloutissant au passage. Mais la réalité est bel et bien là et ce sentiment n'est que le produit de mon cerveau tournant à vide au lieu d'appréhender le vaste monde. Et puis, il y a le bonheur. Auquel je ne laisse aucune chance, comme pour me protéger par avance du malheur qui pourrait s'abattre. Sauf qu'à ce petit jeu non seulement je ne suis jamais heureux, mais qui plus est je me trouve honteux de ma lâcheté.

Marcher, la tête haute.