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24.05.2017

Réminiscences

La plus grande réussite de ce monde, ce serait de demeurer parfaitement secret, à tous et à soi-même. Plus de question, plus de réponse, une longue saison, sans âge ni raison, ni responsabilité, une espèce de temps sauvage, hors du temps et de la conscience. (Anne Hébert, in Le temps sauvage)

Je suis fatigué de ce monde. Je m'y sens radicalement étranger, mieux : intrus. Chaque matin, j'endosse le joug de la normalité et je sacrifie tout le jour à la comédie sociale, ne retrouvant la liberté qu'une fois ma thébaïde regagnée. Je suis fasciné par la technique, mais au fond j'aspire à une vie simple, comme dans ce proverbe japonais qui dit à peu près ceci : "couper du bois, puiser de l'eau, quelle merveille !". J'imagine d'ailleurs ma vieillesse dans quelque cabane de montagne, loin de la folie citadine. Tiendrais-je jusque là ?

Les Parques ont décidément le sens de l'humour : au moment où je reprends pied, voilà que C., dont j'ai eu tant de mal à enfouir le souvenir – d'ailleurs ravivé il y a peu – réapparaît. Sur mon lieu de travail. J'apprends qu'elle se renseigne sur moi : à quoi joue-t-elle ? Je ne l'ai heureusement pas encore croisée. La perspective de la revoir me panique littéralement. Je lui en veux toujours du mal que nous nous sommes faits. Je lui en veux de ce que j'ai éprouvé pour elle, qui ne fut pas réciproque. Je lui en veux d'exercer, encore aujourd'hui, un tel pouvoir sur moi. Je lui en veux d'exciter en moi cette pulsion de tout foutre en l'air pour elle. Je lui en veux de ce désir impossible qui ne m'a jamais quitté.

Et puis, ce pressentiment terrible, après avoir visité mes parents : ma mère est gravement malade et nous le cache. Malaise en partant. Là aussi, jouer un rôle. Faire comme si de rien n'était, tromper l'angoisse. Après tout, ce n'est peut-être que le fruit de mon imagination tourmentée. L'inéluctable échéance n'en demeure pas moins réelle.

La poésie existe pour nous faire oublier un instant que nous sommes des animaux de boucherie.

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