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30.06.2013

Poule mouillée

La plupart du temps, je me sens coincé. Même seul, je ne parviens pas à me lâcher. Comme si un juge impitoyable scrutait le moindre de mes mouvements, pis, pouvait lire mes pensées et notait tout à ma charge. Je vis dans ma tête, déconnecté de mes besoins. D'ailleurs, intellectuellement, j'ai édifié tout un système de justifications pour me convaincre que non, je n'avais aucun besoin, en particulier d'ordre affectif. La vérité, c'est évidemment que je crève de mon besoin d'amour. Couplez ça avec une peur du rejet d'autrui et vous aurez une bonne idée de mon personnage : le mec effacé, incapable de dire non même lorsque c'est contre son intérêt et fuyant le conflit comme la peste. L'avantage, si je puis dire, de cette construction psychologique (car c'en est une), c'est que je suis devenu quasi télépathe : j'ai développé une capacité d'empathie hors du commun. Malheureusement, je ne me sers de ce talent que pour me protéger. C'est cela que les autres apprécient chez moi : je semble deviner leurs désirs et je m'y dévoue. C'est ainsi que je m'entoure encore et toujours du même type de personnes, celles que le bon docteur LaVey appelle les vampires psychiques : des êtres qui se servent des autres à leurs propres fins, au prétexte d'un handicap réel ou imaginaire. Mais j'en ai assez de me faire sucer le sang, assez d'avoir peur de mon ombre, assez de me sentir de trop en permanence, assez de vivre en illégitime. Je n'arriverais à rien si je ne me débarrasse pas du trouillard en moi.

Souvenir du mot d'une vieille amie : partout où sont posés mes pieds, je suis à ma place.