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19.11.2013

A petits pas (2)

Il me vient alors une terreur sarcastique de la vie, un désarroi qui dépasse les limites de mon individualité consciente. Je sais que je n’ai été qu’erreur et égarement, que je n’ai point vécu, que je n’ai existé que dans la mesure où j’ai empli le temps avec de la conscience, de la pensée. Et l’impression que j’ai de moi-même, c’est celle d’un homme se réveillant d’un sommeil peuplé de rêves réels, ou d’un homme libéré par un tremblement de terre, de la pénombre du cachot à laquelle il s’était accoutumé. (Fernando Pessoa, in Le livre de l'intranquillité)

Combien de fois peut-on se perdre en chemin ? A nouveau, le réveil, après des semaines, que dis-je, des mois, de sommeil. Je pourrais écrire un livre sur les mille et une manières de se fuir soi-même. C'est peut-être ça, la tentation. Non pas tant un vice qu'une errance, un mauvais pas de côté, plongeant l'être dans l'obscurité, l'aveuglement. Je comprends aussi la mise en garde contre l'intelligence : non point interdit du savoir, mais avertissement quant à un mésusage de la pensée, qui assèche le cœur et éloigne de soi-même, des autres, de Dieu. Je trouve le monde laid, sale, insuffisant. C'est aussi comme ça que je me décrirais. Pécheur, au fond. La grande erreur, je crois, c'est de se comparer à autrui. Je ne suis pas dans ses chaussures, j'ignore ce qu'il vit, dans l'intime de lui-même. Et puis, la vie n'est pas une course, il n'y a pas de médaille à la fin. Juste plus de lumière, de l'autre côté, qui sait, mais surtout ici-bas, après un bref passage – c'est en tout cas le pari.