15.05.2012
Ainsi va toute chair
Le cynisme consiste à voir les choses telles qu'elles sont et non telles qu'elles devraient être. (Oscar Wilde, in L'âme humaine)
Une pesanteur à vivre, ces derniers temps. Je rentre pourtant d'un séjour dans le Sud avec C. fort agréable : sea, sex and sun. Je suis en vacances, libéré un temps des contraintes du boulot. Malgré tout, donc, une lassitude. La marche du monde me fatigue. Je n'y vois plus aucun sens, aucun équilibre, aucune justice. Je souffre de ce que j'appellerais "le complexe du bon protestant" : j'ai été bien sage, j'ai suivi toutes les règles et cependant je ne suis pas heureux. Sans doute me fais-je une fausse idée du bonheur. Mieux, c'est peut-être précisément parce que j'ai une idée du bonheur que je ne suis pas heureux. C'est comme avec autrui : j'ai toujours une attente, une préconception de la manière dont il devrait me traiter. Bien sûr, la réalité passe par là et je suis souvent déçu. J'en viens à me demander si les idées ne sont pas les pires ennemies du genre humain et si la véritable intelligence ne consiste pas à avoir un esprit essentiellement pratique : qu'est-ce qui marche pour atteindre mon objectif ? Je l'ai déjà écrit ici, mais à l'évidence pas vraiment réalisé jusque là : l'univers est technique, amoral, il se contrefout de mes principes, de mes idéaux, de mon sentimentalisme. Extirper jusqu'au plus petit a priori que je pourrais entretenir à l'égard du réel. S'ouvrir au possible, à tout le possible. Et agir en stratège.
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